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Un Champagne « zéro carbone »

Interview

Michel DRAPPIER – Champagne Drappier

michel-drappierBonjour Michel, vous dirigez la Maison DRAPPIER, pouvez-vous nous présenter votre exploitation en quelques mots ?
La maison Drappier est avant tout une maison familiale de 60 hectares de vignes. Mon Père, 94 ans, est toujours présent pour accueillir et discuter avec nos visiteurs. Nos trois enfants nous ont rejoint en 2016 et contribuent à la vie et à l’évolution de l’exploitation qu’il s’agisse de stratégie commerciale, de technique viticole ou de labour des vignes à cheval. Nous sommes avant tout des vignerons : 70% de notre temps de travail consiste à travailler la vigne.

A vos yeux en quoi se différencie-t-elle des autres ? Quelles sont ses spécificités ?
Notre exploitation a ceci de particulier qu’elle se situe à Urville, petit village de 130 habitants, perdu dans les vignes du Bar-sur-Aubois. Une situation particulièrement isolée : on ne passe pas à Urville par hasard. Il s’agit d’un village préservé, très authentique. Lorsque l’on regarde des cartes postales du 19ième siècle, on se rend compte qu’il a très peu changé. Par ailleurs, nous bénéficions de magnifiques caves du XII siècle que nous exploitons encore.

Comment est née l’idée d’un bilan carbone neutre ? Quelle est l’origine de votre engagement dans ce projet ?
L’engagement dans une démarche éco responsable vient d’abord d’un choix personnel. Nous nous sommes rendu compte, par la suite, qu’il correspondait aux attentes de notre clientèle.
C’est effectivement le choix de respecter et de préserver le cadre de vie qui nous est offert, de nous engager dans le développement de notre activité sans impacter notre commune mais, au contraire, en s’intégrant à notre environnement. Pour exemple, nous construisons aujourd’hui une cave qui est creusée et qui sera entièrement recouverte de végétation. Notre cahier des charges stipule tout simplement qu’elle doit être invisible.
Notre village a une vraie identité à préserver. Son isolement peut être finalement un atout : il est intact, à l’abri des nuisances sonores, sans construction industrielle qui gâche la vue. Il nous appartient de conserver cet aspect.

Comment avez-vous fait pour construire ce projet ? Quels partenaires avez-vous mobilisés ?
Nous avons décidé de nous engager clairement dans une démarche d’écologie réfléchie, sur le long terme et fait le choix de l’économie d’énergie, car c’est un domaine accessible à tous.
Pour cela, nous avons parié sur le photovoltaïque avec l’achat des premiers panneaux en 2006. Cette technique ne faisait pas l’unanimité à l’époque mais nous nous sommes dit que si les allemands et les suédois y arrivaient, nous devrions y arriver aussi !
Nous avons installé alors 800 m2 de panneaux : notre objectif étant de nous engager dans une vraie stratégie. Elle a d’ailleurs fonctionné puisque nous avons fait clairement diminuer nos factures et notre bilan carbone. Nous sommes aujourd’hui à 75% d’autonomie en énergie. On ne s’interdit pas de passer à 100%. La prochaine étape sera bien sûr le stockage à l’aide de batteries, écologiques bien sûr. Au-delà des panneaux, nous avons également abandonné la chaudière à fioul ou la climatisation électrique des caves qui a été remplacée par une climatisation par sonde, avec une pompe à chaleur.
Tous nos véhicules ont progressivement été remplacés : voitures, utilitaires, tracteurs sont tous électriques.  Reste un 4×4 : nous attendons que la version électrique soit commercialisée.
Dix pour cent de nos vignes sont également labourées par des chevaux. Ici, il s’agit plus de préserver la biodiversité, un devoir de conservation, en quelque sorte. Au même titre que notre cave du XIIème siècle, les chevaux font partie de notre patrimoine. Nous avons fait le choix d’une race locale évidemment : les ardennais. Ils étaient déjà présents dans nos vignes avant les années 60, un retour à la tradition.

Quelles ont été les difficultés rencontrées, les freins à lever ? Comment vit aujourd’hui ce projet ?
Les résistances ont bien sûr été présentes, quels que soient les âges, les générations. Pour les équipes, changer ses habitudes peut être difficile ou motivant, cela dépend. Ne plus utiliser de produits phytosanitaires, par exemple, a été une réelle plus-value pour certains, leurs conditions de travail devenaient plus saines.
J’ai été particulièrement touché de voir des personnes de 50 ans, qui avaient connu la pioche, la reprendre sans difficulté, avec le sentiment d’être utile, de faire un métier plus noble.
Par ailleurs, les résistances n’ont pas été qu’internes. Cet engagement a été aussi un parcours du combattant administratif. Il y a 14 ans, les mentalités étaient différentes : économie, écologie et tourisme ne se croisaient pas. C’est différent aujourd’hui. Néanmoins, aucun regret, si ce n’est de ne pas l’avoir fait plus tôt.
Bien évidemment, tous ces changements sont coûteux, il faut donc les réfléchir pour les intégrer au développement commercial. C’est un vrai investissement qui se calcule sur le long terme. Il est impossible de viser le court terme. Ce sont des projections sur 20 ans, un pari sur les générations suivantes. Le champagne, par son positionnement luxe, a la chance de pouvoir le faire. En somme, nous remettons l’échelle du temps là où elle doit être, un peu à contre courant du monde actuel. Nous sommes revenus au bon sens paysan. Ainsi, nous avons obtenu en janvier 2016, le label écofact, certifiant un bilan carbone nul. Nous n’avons pas particulièrement été accompagnés, les compétences existent en France, il faut juste les chercher.
Le label écofact nous dote d’un logiciel qui nous permet de suivre notre empreinte carbone. Le principe est simple : réduire au maximum son empreinte et la compenser, si nécessaire. Ce n’était pas obligatoire mais nous avons fait le choix de compenser également celle de nos visiteurs français, européens ou internationaux.

Et demain ?
Notre objectif est de passer au bilan carbone négatif grâce au stockage :  notre participation à la lutte contre le réchauffement climatique
Mais aussi, continuer notre transition bio chaque année ou maintenir notre engagement dans la biodiversité, grâce à la plantation d’arbres fruitiers, auxiliaires de nos vignes.
En somme, poursuivre notre développement, nos investissements mais le faire en respect de notre environnement.

 

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2 Commentaires

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Avatar de Michel P.
Michel P.

Interview très intéressante, un bel exemple d’engagement ecoresponsable de la maison Drappier ! ?

Avatar de Mathile
Mathile

Félicitations ! Une belle démarche ! ???

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