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Publié le

Les visites et bals chorégraphiés
du musée des Beaux-Arts de Lyon

Interview

Sophie ONIMUS-CARRIAS, conservateur du patrimoine et responsable culturel – Musée des Beaux-Arts de Lyon

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Bonjour Sophie, vous pilotez le programme de visites et bals chorégraphiés au Musée des Beaux Arts de Lyon. Pouvez-vous en quelques mots nous expliquer le concept ?
Les visites chorégraphiées sont une proposition artistique de visites transdisciplinaires réalisée en collaboration avec la Maison de la Danse* de Lyon, mêlant danse et contemplation d’œuvres muséales.
Le projet est le suivant : 1 à 2 visites chorégraphiées sont programmées chaque année. Chacune de ces visites est co-construite entre un chorégraphe de la Maison de la Danse et un médiateur du musée des Beaux-Arts de Lyon.
A l’origine, le projet se présente comme tel : le chorégraphe choisit une œuvre ou un espace du musée et à partir de ce choix, il doit créer un moment chorégraphique en lien avec l’espace ou l’œuvre sélectionnés ou adapter une partie d’un spectacle qui doit être programmé à la Maison de la Danse. Pour aider à la compréhension des œuvres par le public, nous demandons aux artistes de réserver un temps en fin de visite afin d’échanger avec le public et de répondre à leurs éventuelles questions.
C’est toujours une plus-value pour les visiteurs d’avoir l’interprétation du parcours par l’artiste.
Le concept du « bal chorégraphié » est plus participatif. Cet événement a lieu chaque année depuis 5 ans, le premier vendredi du mois de janvier. Il se tient au sein du réfectoire baroque, qui est déjà un lieu magique en soi. Nous invitons les gens à danser dans le réfectoire, sous la direction d’un chorégraphe, comme au bal, pendant 3 sessions de 45 minutes.

*Maison de la Danse = Salle de spectacle et résidence d’artistes lyonnaise entièrement consacrée à la danse.

Comment est née l’idée ? Quelle est l’origine du projet ? 
Je ne suis pas à l’origine du projet, car je suis arrivée en 2013 au musée des Beaux-Arts alors que la proposition des visites chorégraphiées existait depuis 2010. Celle-ci existait au préalable avant mon arrivée mais il n’était pas autant formalisé. Au départ, un des principaux intérêts de la démarche est de croiser différents types de publics : ceux attirés par la danse et pas forcément par la visite d’un musée, et inversement.
L’un des objectifs poursuivis est de proposer une autre lecture des œuvres, et même du musée dans son ensemble, au public. L’image qui doit être véhiculée est la suivante : il faut renouveler le regard du public sur les œuvres : voir autre chose que les œuvres en tant que telles, ou les voir de manière différente. Le musée étant également un lieu de création, cela donne aux artistes participants d’autres sources d’inspiration pour leur création. Enfin, les collections très riches du musée des Beaux-Arts rendent la confrontation avec le langage chorégraphique assez aisée, sans doute plus que dans un lieu de création contemporaine, où il pourrait y avoir concurrence entre créateurs.
Quant au bal chorégraphié, il a été créé en 2014 après mon arrivée. L’objectif est le même mais cette fois, ce sont les participants qui dansent dans une salle qui est elle-même une œuvre de notre collection. La thématique du bal est toujours renouvelée, en lien avec les expositions temporaires proposées à ce moment-là au musée.

Pouvez-vous nous dire en quoi ce projet se différencie des autres ?
Nous avons une chance : le Musée des Beaux-Arts travaille véritablement main dans la main avec la Maison de la Danse. Nous avons la chance à Lyon d’avoir de grands établissements à vocation culturelle, mais qui n’ont pas tous le même public. Le fait de pouvoir nous baser sur les talents et les compétences de nos deux institutions respectives est un vrai plus. Par ailleurs, ce partenariat est facilitateur dans le sens où nous pouvons travailler avec des chorégraphes qu’on aurait beaucoup plus de mal à atteindre si nous n’avions pas cette démarche de co-construction.
Nous ne sommes pas le seul musée en France à proposer ce concept de visites chorégraphiées ou de bal participatif, mais plusieurs éléments peuvent nous différencier des autres :
Premièrement, le musée des Beaux-Arts de Lyon représente une réelle attractivité pour les chorégraphes : les collections sont très importantes et couvrent des époques très vastes, allant de l’Antiquité au XXIème siècle. La diversité de ces collections ainsi que la taille des espaces dans lesquelles elles sont exposées facilitent l’inspiration et la création des chorégraphes.
Ensuite, nous travaillons avec deux types de chorégraphes : certains ont déjà une relative notoriété et ont l’avantage d’avoir une certaine expérience. Nous connaissons leur travail et nous savons qu’ils vont produire une œuvre de qualité. Mais nous travaillons également avec des chorégraphes moins connus, ou des jeunes artistes en résidence à la Maison de la Danse. Ces derniers sont parfois un peu moins formatés ou attendus. Ils oseront plus sortir du cadre et laisser libre cours à leur imagination. De plus, ces chorégraphes moins « aguerris » viennent tester en live les œuvres qu’ils ont créées en résidence pour s’assurer que cela correspond bien à l’atmosphère du lieu. C’est une vraie plus-value, pour eux comme pour nous.
Enfin, les styles de danse proposés sont très divers : du hip hop à la danse contemporaine. La majorité des danseurs sont français mais nous avons également accueilli un public international, venant de Grèce ou d’Israël par exemple. La diversité des styles présentés au musée coïncide avec l’ADN de la Maison de la Danse.

Comment avez fait pour construire ce projet ? Quels partenaires avez-vous mobilisés ? 
Comme je l’ai dit, la Maison de la Danse de Lyon est notre premier et principal partenaire. Nous collaborons toujours avec eux pour les visites car ils nous connaissent bien, connaissent notre environnement et sont plus à même de faire le lien et d’expliquer nos attentes aux chorégraphes.
Cependant, nous sommes régulièrement sollicités par d’autres compagnies ou chorégraphes pour monter avec eux des partenariats. C’est souvent plus compliqué dans ce cas de figure, car ces compagnies ont déjà des créations, qu’elles veulent présenter au musée. Alors que notre objectif est de co-construire une création chorégraphique en lien avec les collections, la capacité d’adaptation est plus difficile. Par ailleurs, nous n’avons pas de partenaires financiers pour le développement de ce type de projet.
En revanche, le réseau FRAME* nous soutient financièrement pour le développement d’un autre projet : la médiation culturelle et artistique mise en place dans une prison du territoire de la Métropole, à Corbas. En partenariat avec un chorégraphe et un slameur, nous avons proposé aux détenus de participer à des ateliers de création plastique, d’expression corporelle, et d’écriture en rapport avec certaines œuvres du musée, sélectionnées au préalable. Le but était de permettre aux détenus de pouvoir s’exprimer artistiquement. La restitution de ces travaux a été présentée en prison et au musée, sous forme d’une visite chorégraphiée.

*FRAME = French American Museum Exchange, réseau de coopération franco-américain pour les musées des Beaux-Arts.

Quels sont les retours de vos visiteurs ? 
Globalement, les retours des visiteurs sont très positifs. Nous avons constaté que le public était très demandeur de ce type de propositions, originales et décalées. D’ailleurs les chiffres ne trompent pas : nos visites chorégraphiées affichent toujours complet (une cinquantaine de visiteurs par session) et les bals chorégraphiées atteignent des chiffres impressionnants : 200 personnes par session musicale.
La mise en place des « bals chorégraphiés » a permis d’attirer un autre type de public, adepte de bals et de danse en général, et qui a découvert par ce biais le musée et ses expositions. Les premiers bals ont été proposés avec des masques, afin de désinhiber les participants présents. Le public qui assiste aux bals est plus jeune, et cela se répercute sur la fréquentation globale du musée.
Cependant, nous avons rencontré certains freins auprès du public, dans les visites chorégraphiées : les propositions de chorégraphies peuvent être perçues comme hermétiques ou difficilement compréhensibles par le public, qui ne verrait pas le lien avec les œuvres.
De plus, dans certains cas, des échanges ont parfois manqué entre le public et le chorégraphe, ce qui ne leur a pas permis d’avoir une interprétation correcte de l’œuvre.

Quel bilan dressez-vous aujourd’hui de ce projet ? Comment vit-il aujourd’hui ?
Le bilan du projet est globalement positif. Les retours du public sont très bons. Nous sommes satisfaits des chiffres de fréquentation, que ce soit pour les visites chorégraphiées ou les bals chorégraphiés.
Le bilan est également positif sur le plan « institutionnel » car nous prouvons par le biais de ces concepts que deux institutions majeures du territoire lyonnais arrivent à travailler ensemble en bonne intelligence, sur de vrais projets structurants. Les bals ont apporté un côté festif et décalé au musée, qu’il n’avait pas forcément auparavant. C’est une bonne chose en termes d’image, et cela nous a permis de renouveler notre public.
Aujourd’hui, le projet vit bien et se poursuit. Nous avons pour but de pérenniser les propositions, et de continuer en parallèle à développer certains projets notamment autour du développement social, comme l’illustre le partenariat avec la prison de Corbas.

 

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