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Publié le

Voyager avec des
personnes en situation de handicap

Interview

Charlotte Jenot,
monitrice-éducatrice dans un foyer d’hébergement dans l’Ain

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Charlotte, peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton métier ?
Je m’appelle Charlotte, j’ai 34 ans et je suis monitrice-éducatrice à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. Je travaille dans un foyer d’hébergement, c’est-à-dire une structure d’accueil collectif dont la vocation est de placer la personne handicapée dans une dynamique d’insertion sociale.
Les résidents que j’accompagne dans les moments du quotidien ne sont pas suffisamment autonomes pour vivre seuls ou dans leur famille. Dans mon foyer, il s’agit principalement de personnes souffrant de retard mental – ce qui peut impliquer des difficultés motrices dans certains cas. Tous travaillent dans un ESAT (Établissement et service d’aide par le travail), ce qui leur permet de disposer d’un revenu.

Peux-tu nous dire dans quel contexte tu es amenée à organiser des séjours pour tes résidents ?
Il existe des séjours adaptés aux personnes en situation de handicap, des séjours montés et commercialisés par des organismes spécialisés, mais ils sont souvent très chers et nos résidents n’ont pas tous les moyens de se les offrir.
Pour quand même donner l’occasion au plus grand nombre de partir en vacances, nous organisons nous-mêmes des voyages de quelques jours à une semaine complète. L’idée est de leur offrir quelques jours en-dehors du foyer, de les couper de leur quotidien et de leur proposer autre chose le temps des vacances !
Par exemple, ça fait plusieurs années qu’on propose un séjour “Stage de trapèze” dans la Drôme à nos résidents. C’est quelque chose de très dépaysant !

Comment organises-tu ce type de séjour ?
Cela dépend du projet. Selon la durée, le lieu du séjour, le nombre de personnes que l’on emmène, etc., l’organisation n’est évidemment pas la même ! On peut partir 2 ou 3 jours, avec un déplacement en train ou toute une semaine avec un déplacement par la route. L’organisation ne peut pas non plus être la même pour un groupe de 3 ou 4 résidents que pour un voyage avec une dizaine de personnes !
Ce qu’il faut savoir, c’est que dans tous les cas, lorsque nous montons un projet de séjour pour nos résidents, quel qu’il soit, notre direction a un délai de 6 mois pour nous le valider… ce délai n’est pas toujours compatible avec les conditions de location des hébergeurs, qui demandent souvent des arrhes pour verrouiller l’engagement de ma structure. On est parfois dans des situations de négociateurs sur ce point-là !
Évidemment, c’est plus facile avec les hébergeurs que l’on connaît et qui ont l’habitude de nous accueillir : ils connaissent nos contraintes “administratives” et arrivent à être plus souples sur leurs conditions.
Il y a un autre point important lorsque j’organise ce type de séjour, c’est que j’ai besoin de devis hyper précis et complets ! La taxe de séjour par exemple doit apparaître clairement dès l’étape de devis. Comme ce sont les résidents qui règlent chacun leur séjour, j’ai besoin de leur présenter le coût global dès la réservation et ne peux pas revenir vers eux et vers leurs familles avec un montant supplémentaire à la fin du voyage….

Rencontres-tu des difficultés particulières lorsque tu organises ces séjours ?
La première de mes difficultés quand je pars avec un groupe d’une dizaine de personnes, c’est qu’il me faut un logement de grande capacité ! Ce n’est pas toujours évident de trouver des gîtes qui peuvent accueillir une quinzaine de personnes en tout (les résidents et les moniteurs-éducateurs). Puisqu’on est en plus sur des groupes mixtes, hommes et femmes, en plus du nombre de couchages, on doit veiller au nombre de chambres pour ne pas mélanger résidents et résidentes.
Une autre de mes contraintes, c’est que je dois passer par des hébergeurs labellisés. Je ne cherche pas forcément le label Tourisme & Handicap, mais j’ai besoin que la personne qui nous accueille fasse partie d’un réseau officiel comme Gîtes de France par exemple, parce que ça “valide” le professionnalisme de nos hôtes. Hors de question pour ma direction de confirmer une réservation chez l’habitant par AirBnB par exemple !
J’ai aussi parfois besoin de lever certaines inquiétudes lors de la réservation : beaucoup de logeurs appréhendent d’accueillir des personnes en situation de handicap. Mais je les rassure et leur expliquant que ce sont des client.e.s commes les autres, tout aussi respectueux du gîte qui les accueillera qu’un client lambda. Quant à l’aspect pratico-pratique, on évite de manière générale les lits superposés, souvent difficiles d’accès pour les personnes que nous encadrons. Je privilégie également les douches aux baignoires dans les salles de bain – une baignoire n’est pas rédhibitoire, mais elle peut nous compliquer la tâche lors des moments de toilette avec des personnes qui présentent des difficultés motrices.
Enfin, une dernière contrainte – et pas des moindres – c’est le budget ! Ce sont les résidents qui payent leur séjour, et leur budget n’est pas énorme. Il faut donc que je leur propose des séjours abordables en terme de coût et complets en terme d’activités ! Ce n’est pas toujours une mince affaire !

Justement, tu parles d’activités : comment fais-tu pour trouver des activités accessibles aux personnes que tu encadres ?
C’est souvent par nos réseaux d’intervenants que l’on trouve des idées… on est par exemple en relation avec les Percussions de Treffort, une association qui réunit des musiciens en situation de handicap mental et des musiciens professionnels autour de projets pédagogiques centrés sur la musique ; ou la Compagnie Passaros, une compagnie de danse basée à Bourg-en-Bresse, qui s’est fixé pour objectif de provoquer des rencontres improbables entre danseurs, spectateurs, habitants, etc. C’est par l’intermédiaire de cette association que nous avons rencontré la personne qui nous accueille chaque été pour nos stages de trapèze dans la Drôme !
Ensuite, lorsque nous montons de nouveaux séjours, j’appelle les offices de tourisme pour avoir quelques recommandations et des idées d’activités à proposer à notre groupe.

Qu’apprécies-tu particulièrement dans les structures qui vous accueillent lorsque tu es en séjour avec un groupe de résident.e.s ?
Dans le temps de préparation du séjour, j’apprécie vraiment les hôtes qui sont prêts à s’adapter. Ce n’est pas toujours évident d’organiser un tel séjour, et j’avoue que je suis grandement soulagée que notre hôte prend en charge quelques aspects “logistiques”. Par exemple, la personne chez qui nous allons dans la Drôme ne servait absolument pas de repas lors de notre premier séjour. J’avais dû faire appel aux services d’un traiteur en parallèle, pour que nos petits-déjeuners, déjeuners et dîners nous soient livrés au gîte. Aujourd’hui, notre hôte s’occupe des petits-déjeuners et des dîners pour nous, et c’est un super service qu’elle nous rend en faisant ça !
Ensuite, il faut savoir que quel que soit le voyage (1h ou plusieurs heures, et voiture ou en train, etc.) et quel que soit l’hébergement dans lequel nous arrivons, nos résidents auront de toute façon besoin d’un temps d’adaptation. J’encadre des personnes en situation de handicap mental pour lesquelles le simple fait de quitter son quotidien et de ne plus avoir ses repères peut être source de stress.  Alors ce que j’apprécie le plus quand j’arrive chez notre hôte, c’est l’accueil ! C’est très rassurant pour nous comme pour les personnes que l’on accompagne de sentir que nous sommes les bienvenues, que l’on nous attendait. J’apprécie sincèrement quand notre hôte prend le temps à notre arrivée, quand il a quelques recommandations à nous faire pour compléter le séjour, etc.
Et surtout, quand il salue l’ensemble du groupe – pas uniquement les moniteurs ! De toute manière, les résidents avec lesquels je pars en séjour sont des personnes très sociables qui rappellent vite à un hôte maladroit qu’ils sont là et qu’ils méritent tout autant d’attention que leurs moniteurs ! 😉

 

Pour continuer votre réflexion :

Blog Roulettes et sac à dos : Audrey nous entraîne avec elle dans ses aventures et nous démontre avec humour et brio que handicap et voyage ne sont pas incompatibles !

1 Commentaire

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herrmann bernard

Bonjour, je suis loueur de chambre d’hôtes, je dispose de 10 à 12 places au total et votre approche très intéressante me conforte dans mon projet d’accueillir des personnes en situation de handicap à l’instar du groupe que vous encadrez.

La question qui reste pour moi en suspens est celle des obligations règlementaires (normes) avez vous des infos à ce sujet. ?
Sincères salutations Bernard Herrmann

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