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Les impacts du changement climatique
sur les stations de sport d’hiver

Carte blanche

Valentine DEDINGER – Alsace Destination Tourisme

10Le changement climatique est aujourd’hui indéniable, et seuls restent quelques climatosceptiques “souvent issues de la sphère intellectuelle conservatrice, [pour remettre] en question la cause anthropique dans le réchauffement climatique[1]”.
Lorsque Météo France retrace l’évolution du climat en France, on note que “si la température moyenne a augmenté de 0,1°C par décennie au cours du XXè siècle, cette tendance s’est récemment accélérée[2]”. Les impacts du changement climatique sont nombreux, et Météo France les recense par rapport aux différents phénomènes hydrométéorologiques : cyclones, hausse du niveau de la mer, tempêtes, etc.[3]
Deux des phénomènes listés par Météo France nous intéressent particulièrement dans cet article : l’enneigement et la sécheresse.

Enneigement et sports d’hiver en moyenne montagne : on gère déjà l’urgence !
Les stations de sports d’hiver de France ont bien du mal à vivre la saison sereinement cette année : la neige ne tombe pas – et lorsqu’elle tombe, les températures ne permettent pas au manteau neigeux de s’installer durablement. La neige manque, c’est un fait ! Et dans l’urgence, pour ne pas fermer et soutenir l’activité des stations, certains exploitants emploient les grands moyens, à l’instar du Conseil Départemental de Haute-Garonne qui décide en février 2020, “alors que le Sud de la France bat des records de chaleur […] d’importer de la neige[4]” dans la station de Luchon Superbagnères (1 400 à 2 100 mètres d’altitude[5]) grâce à un hélicoptère.

Suscitant une véritable levée de boucliers parmi les militants écologistes, allant jusqu’à faire réagir la Ministre de l’Écologie elle-même[6], cette anecdote n’en est pas moins révélatrice de la difficulté qu’ont les stations de moyenne montagne à gérer l’urgence du présent – en cherchant à satisfaire coûte que coûte les skieurs présents, en mettant tout en oeuvre pour maintenir l’activité économique de la station –  tout en préparant l’avenir et en réfléchissant à leur nécessaire adaptation aux hivers plus doux et moins enneigés que nous annoncent les scientifiques.
En 2018 déjà, Guillaume Cromer, directeur d’Id-Tourisme, avertissait : “les stations de ski vont devoir changer de discours pour éviter de se faire lyncher par les médias et les influenceurs comme une activité de pollueurs[7]”. Peut-être est-il aussi temps qu’elle  changent de stratégie d’adaptation – au-delà du discours – pour éviter ces déboires…

Plus haut dans les Alpes, tout n’est pas facile non plus !
L’enneigement est évidemment la première problématique qui vient à l’esprit lorsque l’on réfléchit à l’avenir des stations de ski. Pourtant, un autre phénomène impacte directement l’activité économique des stations : la sécheresse.
En novembre 2018, André Vittoz, maire de La Clusaz, en Haute-Savoie, décidait de “puiser dans la réserve d’eau destinée à la fabrication de neige de culture pour garantir l’alimentation en eau potable de sa commune[8]”. Ainsi, 50% des 240 000 m3 d’eau stockée a servi à alimenter la commune en eau potable, plutôt qu’à la production de neige artificielle[9]. Pragmatique, le maire assumait la grogne des professionnels du tourisme en expliquant que la neige de culture ferait venir des touristes auxquels La Clusaz n’aurait pas pu donner à boire !
En 2018 toujours, Val Thorens, plus haute station d’Europe, retardait l’ouverture de ses pistes, à cause d’une météo trop douce et clémente pour l’automne[10].
Ailleurs dans les Alpes, on s’interroge aussi… Menée par l’Agence d’Attractivité de l’Isère, où “la montagne centralise 60% du chiffre d’affaires du tourisme[11]” à l’échelle du département,  une réflexion sur la station du futur a abouti à la proposition de 5 positionnements différenciants pour les stations de demain :

la station “pleine énergie”, axée vers la santé et le bien-être
la station douce, tournée vers la reconnexion à la nature en mode slow tourisme
la station loisirs, familiale et portée vers les expériences
la station high-tech, aux avant-gardes de l’innovation technologique (nouvelles mobilités, communauté hyper connectée, etc.)
la station hyper sport, orientée sur une pratique sportive intense

Visuel station réchauffement climatique
Source : pro.isere-tourisme.com

Le Massif des Vosges et son adaptation à un enneigement plus faible
En ce qui concerne les régions de l’est de la France, les projections établies par Météo France sur la base des records qui y ont été observés sur la seconde moitié du XXè siècle (de 1950 à 2005) présentent un scénario qui, dans sa version pessimiste, indique que “la hausse de la température moyenne annuelle sera d’un peu plus de 4°C en 2 100[12]”, ce qui impactera nécessairement l’enneigement du massif vosgien en hiver.
A titre de comparaison, notons ici que l’altitude moyenne des hauts de station dans le Massif des Vosges s’élève à 1 160 m, avec la plus haute piste référencée à 1 290 m[13]. Plus bas donc que la station pyrénéenne qui a eu recours en début d’année 2020 à de l’import de neige par hélicoptère…
Les stations du Massif des Vosges le savent bien : elles doivent réfléchir à leur avenir et se réinventer pour être en mesure de s’adapter rapidement à des hivers sans neige. Certaines ont d’ailleurs déjà entamé cette réflexion et beaucoup participaient en 2018 à l’Atelier “Enneigement Massif des Vosges” pour trouver des solutions à appliquer ou transposer chez elles. A l’instar des stations de la Forêt Noire, qui développent diverses activités indépendantes de l’enneigement de leurs pistes[14], les stations vosgiennes ont compris la nécessaire adaptation de leur offre pour continuer de faire vivre leur économie de station de ski… “ou de montagne devrait-on dire” comme le suggère Guillaume Cromer[15].
En parallèle, il est bon de rappeler ici les résultats de l’étude de notoriété des 5 destinations du Grand Est, cités dans les Diagnostic et Perspectives du Schéma Régional de Développement du Tourisme[16]. Il y est écrit que la destination Les Vosges renvoie l’image d’une “montagne nature, […] avec des forêts, […] un environnement préservé… les attributs d’une dimension écotourisme […] davantage tourné vers le tourisme vert que la montagne”. Certes, la destination et le Massif ne sont pas les mêmes entités, ni même les mêmes zones géographiques… pourtant, cette identité reconnue à la destination Les Vosges pourrait être source d’inspiration forte pour réinventer les stations, et ferait ainsi échos au profil de la Station Douce, identifiée en Isère…

Et si l’on décidait de vivre le changement climatique comme une opportunité ?
Face au changement climatique et à tout ce qu’il implique, les mentalités évoluent et les pratiques changent. Le secteur du tourisme est lui aussi directement impacté par ces évolutions. De nouvelles attitudes de consommation émergent et bouleversent nos stratégies.
Ainsi a-t-on par exemple vu apparaître un nouveau complexe du touriste long-courrier : le “flygskam”, ou la honte de prendre l’avion[17]. Selon l’Union des Banques Suisses, “les voyageurs commencent à tourner le dos au transport aérien” et “si le succès rencontré par le flygskam se confirme, les prévisions de croissance du trafic aérien devront être divisées par deux”.
En ce sens, certains prédisent que la performance environnementale des stations de ski pourrait devenir un véritable critère de choix pour les consommateurs. “[…] la conscience environnementale de nos clients en station a fortement évolué” et c’est une préoccupation pour 40% de ces clients “de savoir si la station dans sa globalité [est] attentive à l’environnement ; ce n’est pas encore un critère de choix mais déjà un critère d’intérêt” souligne Pascal de Thiersant, président du directoir Société des 3 Vallées (Courchevel)[18].

Alors certes, le changement climatique auquel nous sommes tous confrontés peut se vivre comme une fatalité… ou bien, comme le suggère Clément Viktorovitch dans l’une de ses dernières chroniques dans Clique TV, vivons-le “non pas comme une fatalité, celle d’un système en train de s’effondrer, mais comme une opportunité, celle d’un monde entier à réinventer”.

Sources
[1] Géo – Qui sont les Climatosceptiques – 14/12/2018
[2] Météo France – Le réchauffement climatique observé à l’échelle du globe et en France – consulté le 27/02/2020
[3] Météo France – Impacts du changement climatique sur les phénomènes hydrométéorologiques – consulté le 27/02/2020
[4] Le Point – Quand une station de ski se fait livrer de la neige par hélicoptère – 15/02/2020
[5] Luchon Superbagnères – Présentation du Domaine Skiable – consulté le 27/02/2020
[6] Twitter – Tweet d’Elisabeth Borne – 16/02/2020
[7] Guillaume Cromer – Stations de ski : pivoter ou subir les changements (et mourir) – etourisme.info – 16/11/2018
[8] Marie Ameline – Face à la sécheresse, la station de La Clusaz fabriquera moins de neige de culture cet hiver – 14/11/2018
[9] Interview d’André Vittoz – France Bleu Pays de Savoie – 14/11/2018
[10] Florent Dligia – Chaleur et manque de neige : Val Thorens retarde son ouverture – Lyon Capitale – 14/11/2018
[11] Chantal Carlioz – Station du Futur – consulté le 27/02/2020
[12] Intervention de Sophie Roy, climatologue à Météo France Nord-Est, lors de l’Atelier “Enneigement Massif des Vosges” – 29 mars 2018 à Colmar
[13] Skiinfo – Vosges Statistiques – consulté le 27/02/2020
[14] Damien Foucré et Amandine Amat – Compte-rendu de l’atelier de développement “Changement climatique : quels futurs pour l’enneigement du Massif Vosgien ?”
[15] Guillaume Cromer – Stations de ski : pivoter ou subir les changements (et mourir) – etourisme.info – 16/11/2018
[16] SRDT – Diagnostic et perspectives – consulté le 27/02/2020
[17] Courrier International – Honte de prendre l’avion : comment le flygskam est en train de changer nos habitudes ? – 29/10/2019
[18] Table ronde Mountain Planet – L’intégration des enjeux environnementaux dans la station de demain – consulté le 27/02/2020

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