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Vers un gîte touristique autonome et zéro déchet

Interview

Géraldine May – Gîte La Mystic Marmot

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Bonjour Géraldine, vous dirigez le gîte de la Mystic Marmot, pouvez-vous en quelques mots nous expliquer le concept ?
La Mystic Marmot (prononcer « marmotte ») est un hébergement touristique qui a pour but de réduire son impact sur l’environnement en arrivant progressivement à l’autonomie et à la réduction maximale de sa consommation de déchet. Le but ultime est d’arriver à une démarche zéro déchet.
Le nom « La Mystic Marmot » doit son nom à l’animal qui habite dans les montagnes environnantes. Si un jour un peu nuageux vous avez l’occasion de monter nous voir, vous comprendrez très vite le côté « Mystic » de l’endroit. Les nuages s’accrochent aux sapins puis se déplacent très vite pour vous laisser apercevoir un bout de montagne enneigée et finissent par vous donner l’impression que vous êtes vraiment au bout du monde, perdu dans la nature et sa magie. Il nous fallait aussi un nom qui marche en anglais comme en français.
La Mystic Marmot est constituée de deux chalets : un chalet d’habitation où nous vivons avec les enfants et un chalet qui fait office de gîte où nous accueillons les visiteurs. Celui-ci peut accueillir au maximum 12 personnes, et ne peut être loué qu’à un seul client à la fois. Nos visiteurs viennent pour vivre une expérience en autonomie et nous les sensibilisons au rôle du zéro déchet. L’électricité est fournie uniquement grâce à des panneaux photovoltaïques, le chauffage se fait grâce au bois que l’on trouve sur la propriété et l’approvisionnement en eau se fait directement via la source qui se trouve à proximité et qui est filtrée. Nous produisons notre propre miel, quelques légumes et nos œufs et bientôt nous pourrons produire également notre lait, nos fruits et tous nos légumes.

Comment est née l’idée ? Quelle est l’origine du projet ?
Avec Daniel, mon mari originaire du Canada, nous avons eu plusieurs expériences de vie en ville, en France et à l’étranger, pendant quelques années. Nous passions beaucoup de temps dans les transports et du fait de nos métiers (Daniel était professeur et moi graphiste), nous étions beaucoup sur nos ordinateurs. L’idée commençait à faire son chemin dans nos têtes, et un beau jour, nous avons pris notre décision. Nous avons mis fin à notre expérience citadine et nous sommes lancés dans ce projet, guidés par cette volonté de donner plus de sens à nos vies, et de nous rapprocher simplement de la « terre ».
Nous avons donc choisi de créer la Mystic Marmot, ce petit bout de monde différent, en pleine nature pour cultiver nos propres légumes et élever nos bêtes. Nous avons choisi de nous installer à la montagne, car le cadre est idyllique et correspondait totalement à nos attentes. Cela fait maintenant 4 ans que nous avons emménagé à la Mystic Marmot, et 3 ans que nous avons ouvert notre gîte à la clientèle.

Pouvez-vous nous dire en quoi votre structure se différencie des autres ?
Je dirais que notre structure se différencie des autres car elle souhaite s’inscrire dans une démarche d’autonomie totale. Et nous avons la volonté à terme de devenir un gîte « zéro déchet ».
La Mystic Marmot se différencie par rapport aux autres structures car contrairement aux gites touristiques « classiques », nos visiteurs viennent véritablement chez nous. Certes, ils ont leur propre chalet mais ils sont sur notre propriété, et nous habitons à 10 mètres à peine. De même, il y a une réelle volonté d’échanger avec eux : nous les invitons à venir chez nous, à voir et comprendre notre mode de vie. Nous leur proposons également des ateliers et des activités sur des sujets qui nous animent et nous tiennent à cœur : stages d’apiculture, ateliers cosmétiques maison, ateliers de découverte des énergies renouvelables. On est avant tout sur une idée « d’échange » et « d’expérience touristique ».
La Mystic Marmot se différencie des autres structures quant à son rapport à l’alimentation et aux repas. Nous laissons le choix à nos hôtes de choisir la formule qui leur convient le mieux : nous pouvons leur préparer des paniers repas avec des ingrédients garantis bio, locaux et 0 déchets. Les hôtes réceptionnent la recette qu’ils ont choisi avec tous les ingrédients nécessaires, et aux bonnes proportions, pour cuisiner tranquillement entre amis et famille. Le gîte dispose d’une cuisine équipée pour que les visiteurs cuisinent sur place. Les visiteurs ont également la possibilité d’apporter leur propre nourriture mais dans ce cas, ils acceptent de redescendre tous leurs déchets non compostables à pied quand ils repartent.
Le fait d’être relativement isolé géographiquement, nous différencie et nous pousse à développer ce mode de vie en autonomie. D’ailleurs, les visiteurs sont plongés dans le bain dès leur arrivée : ils garent leur voiture au bord de la route, et montent ensuite à pied pour 1km de marche. Nous les aidons avec notre 4×4 pour les bagages quand ils arrivent et quand ils repartent mais pensons sérieusement à prendre deux yacks afin de monter les bagages, pour limiter encore plus l’utilisation du 4×4.

Comment avez fait pour construire ce projet ? Quels partenaires avez-vous mobilisés ?
Nous avons acheté les deux chalets, qui étaient déjà construits avant notre arrivée. Nous avons fait appel à quelques entreprises locales pour certains travaux mais avons essayé de faire un maximum nous-mêmes. De plus, nous n’avions aucun ami ni connaissance, qui s’étaient déjà lancées dans un tel projet et sur lesquels nous aurions pu nous appuyer. Côté financeurs, nous avons été chanceux puisque nos familles ont pu nous aider et nous ont réellement soutenu dans la réalisation de ce projet.
Pour en revenir aux travaux de construction et de rénovation, nous avons beaucoup fait appel aux wwoofers*. Des français mais également des étrangers, de 18 à 45 ans. Cette façon de faire nous a permis de créer de véritables liens avec les wwoofers. Nous avons pu bénéficier de leurs partages d’expérience et avons beaucoup échangé avec eux en retour. Cela nous a permis de créer une véritable communauté, avec laquelle nous sommes toujours en contact aujourd’hui. Nous avons également beaucoup appris par nous-mêmes : merci à YouTube et aux nombreux tutos qui nous ont permis d’apprendre comment électrifier ou comment assainir une maison !

Quels sont les retours de vos visiteurs ? Quelle plus-value en tirez-vous ?
Les retours sont très positifs, les gens sont vraiment satisfaits de leur séjour. Dans un premier temps, nos visiteurs nous font vraiment part de leur volonté d’évoluer dans leur façon de consommer et d’entrer dans une démarche plus écologique dans leur quotidien. Parce qu’ils avaient déjà engagé cette démarche ou y réfléchissaient. Mais aussi parce qu’ils ont appris au cours de leur séjour des astuces ou des techniques leur permettant d’adopter une consommation plus responsable.
Ces retours nous motivent, et nous poussent à aller encore plus loin dans notre démarche d’autonomie totale et de zéro déchet.
Le fait d’attirer des visiteurs qui proviennent d’horizons différents est un aspect très intéressant et une vraie plus-value. Bien sûr, une partie de notre clientèle est déjà engagée dans une démarche écologique et la notion de « développement durable » est le critère de choix principal qui les fait se tourner vers notre structure. Mais d’autres viennent également parce que la situation au cœur des montagnes, le cadre ou la vue sur la vallée et les montagnes environnantes les ont séduits. Cette différence de public est très enrichissante.bLes visiteurs nous font également part de leur sensation d’exotisme, quant au fait de venir passer quelques jours en pleine montagne, sans voisinage aux alentours.

Quel bilan dressez-vous aujourd’hui de ce projet ? Comment vit-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, le bilan est positif puisque nous arrivons à vivre entièrement de notre activité.
Cela fait maintenant deux ans que c’est le cas, et cela nous a pris également deux années pour en arriver là. Mon mari, qui était professeur d’anglais à distance, a arrêté de travailler il y a 2 ans. Pour ma part, cela ne fait que 6 mois que j’ai stoppé mon activité de graphiste. En effet, nous avions besoin de revenus pour vivre et pour finaliser les travaux et n’avons pas pu tout arrêter du jour au lendemain.
Humainement, cette expérience nous a, et nous apporte d’ailleurs toujours beaucoup. Elle nous a permis de faire la rencontre d’un grand nombre d’individus provenant d’horizons divers, qui nous ont marqués.
Nous avons vraiment pour but, comme dit plus haut, d’aller encore plus loin dans la démarche pour vivre en totale autonomie et aller vers une consommation zéro déchet.
Nous souhaitons également développer d’autres activités que nous proposerons à notre clientèle : accueillir des groupes de yoga pour des stages de méditation, ou proposer des stages de permaculture par exemple.
Aujourd’hui, avec quelques années de recul, nous sommes certains d’avoir fait le bon choix …

*Wwoofer : un wwoofer est une personne qui pratique le wwoofing, c’est-à-dire qui travaille bénévolement sur une exploitation, en général agricole ou biologique en échange du gite et du couvert mais sans rémunération pécuniaire.

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